Qui use son pneu : le classement que personne ne publie

Bastianini perd quinze millièmes de moins que le peloton à chaque tour, Raúl Fernández vingt de plus. Entre les deux, Acosta apprend, et Bagnaia, meilleur gestionnaire de la grille l'année de son premier titre, est devenu l'un des pires.

Classement de 25 pilotes par perte de temps au tour relative au peloton, de Enea Bastianini (-15,0 ms) à Raul Fernandez (+20,0 ms).
Visuel Plein Angle

Tout le monde sait qu'un pneu s'use. Personne ne publie qui l'use le moins. La mesure existe pourtant, dans les feuilles de temps officielles, tour après tour.

Voici comment nous la lisons. Pour chaque pilote et chaque course sèche depuis 2022, nous prenons ses tours roulés à l'attaque à partir du troisième, en écartant tout tour plus lent de 2 % que sa médiane : un tour perdu derrière un attardé ou sur une erreur n'est pas de l'usure. Nous traçons la droite qui passe au mieux par ces temps. Sa pente dit combien de millièmes le pilote perd à chaque tour.

Cette pente mêle le pneu et le carburant, qui allège la moto au fil de la course. Mais le carburant est le même pour tous le même jour, sur la même piste, à la même température. Nous retranchons donc à chaque pilote la pente médiane de sa course. Ce qui reste, c'est ce que le pilote et sa moto font de leurs pneus mieux ou moins bien que les autres.

Classement de 25 pilotes par perte de temps au tour relative au peloton, de Enea Bastianini (-15,0 ms) à Raul Fernandez (+20,0 ms).
Pente des tours roulés à l'attaque à partir du troisième, moins la pente médiane de la course : le carburant et la piste sont les mêmes pour tous ce jour-là. · Visuel Plein Angle

Les deux extrêmes

Sur vingt-cinq pilotes ayant pris au moins vingt-cinq départs secs depuis 2022, Enea Bastianini est premier, et de loin : il perd en moyenne 15,0 millièmes de moins que le peloton à chaque tour. Le deuxième, Luca Marini, est à 6,1. Quinze millièmes par tour, cumulés sur une course de vingt-cinq tours, font de l'ordre de quatre secondes gagnées sur un pilote qui part au même rythme.

À l'autre bout, Raúl Fernández perd 20,0 millièmes de plus que le peloton par tour. Derrière lui, Miguel Oliveira (+12,5), Pedro Acosta (+11,2) et Jorge Martin (+9,0).

La mesure des fins de course dit la même chose par un autre chemin. Nous comparons la moyenne des cinq derniers tours à celle du milieu de course. Bastianini y gagne 185 millièmes de plus que le peloton ; Raúl Fernández en perd 178 de plus.

Nuage croisant l'usure par tour et l'écart des cinq derniers tours au milieu de course, un point par pilote.
Fin de course : moyenne des cinq derniers tours à l'attaque moins celle des tours entre 30 et 70 % de la distance, relative au peloton. · Visuel Plein Angle

Le pilote ou la moto ?

C'est la question qui compte, et les saisons y répondent.

Bastianini a changé de moto. Chez Ducati, il est à −18,6 en 2022, −23,7 en 2023, −19,9 en 2024. Il passe chez KTM Tech3 en 2025 et tombe à +1,1 : la qualité disparaît. En 2026, sur la même KTM, elle revient, à −15,2. Une année d'adaptation, puis le trait réapparaît sur une machine entièrement différente. C'est la signature d'un pilote, pas d'une moto.

Johann Zarco aussi. Neutre chez Ducati en 2022 et 2023 (+1,1 puis +0,2), il devient l'un des meilleurs gestionnaires de la grille chez Honda : −14,4 en 2024, −4,0 en 2025, −8,5 en 2026. Là, c'est plutôt l'inverse : la Honda semble lui convenir.

Pedro Acosta apprend. Son chiffre moyen le place parmi les pires, mais la série raconte autre chose : +16,9 en 2024, sa saison de débutant, puis +11,3 en 2025 et +4,5 en 2026. Il a divisé son excès d'usure par près de quatre en deux ans, sur la même marque.

Jorge Martin, lui, n'a jamais été économe, et cela ne l'a pas empêché d'être champion : +9,2 en 2022, +5,5 en 2023, +8,7 en 2024, l'année de son titre, puis +13,1 chez Aprilia en 2026. Son talent est ailleurs, et le sprint le montre.

La chute silencieuse de Bagnaia

Le cas le plus frappant est celui de Francesco Bagnaia. En 2022, l'année de son premier titre MotoGP, il est l'un des meilleurs gestionnaires de la grille, à −10,8. Puis, saison après saison : 0,0 en 2023, +1,1 en 2024, +3,5 en 2025. En 2026, il est à +17,3, au niveau de Raúl Fernández.

La saison 2026 ne compte encore que neuf courses sèches mesurées pour lui : le chiffre bougera. Mais la direction ne fait pas de doute, et elle concorde avec ce que nous avions relevé dans Bagnaia en trois mesures. Entre −10,8 et +17,3, l'écart est de 28 millièmes par tour : au bout de vingt tours, plus d'une demi-seconde au tour perdue sur le Bagnaia de 2022, à usure égale du reste du peloton.

Marc Márquez suit le chemin inverse : +5,3 et +3,5 sur la Honda en 2022 et 2023, 0,0 à son arrivée chez Ducati en 2024, puis −12,0 en 2025, l'année de son septième titre en catégorie reine, et −5,0 en 2026.

Les limites

Un pilote qui mène roule parfois en dessous de ses moyens pour protéger son pneu, et un pilote coincé dans un groupe roule au rythme des autres : la mesure ne voit ni l'un ni l'autre. Les seuils de 2 % et de vingt-cinq courses sont des choix, écrits ici pour que chacun puisse les contester. Et l'usure n'est pas seulement le pneu arrière : c'est aussi le frein, la température du pneu avant, la manière de prendre l'accélération. Ce que nous mesurons, c'est leur somme, telle qu'elle apparaît au chronomètre.

[source: https://www.motogp.com]

24 septembre 2026 · Sources : MotoGP.com · statistiques Plein Angle

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