Les métriques
Le football a le xG, le baseball le WAR, les échecs l’Elo. Le MotoGP compte des victoires. Voici cinq mesures construites sur nos 380 000 tours, ce qu’elles répondent, et ce qu’elles ne disent pas.
Toutes commencent en 2014. Avant, l’archive est trouée et les courses reconstituées portent des points à zéro, le barème ayant changé six fois depuis 1949 : une métrique y serait fausse plutôt qu’absente.
Points au-dessus de la grille
Emprunté à le xG du football
Ce pilote marque-t-il plus que sa place de départ ne le promet ?
On mesure d'abord ce que rapporte chaque place de grille, en moyenne, sur les 5 241 départs de la base depuis 2014, course et sprint séparés. On compare ensuite les points réellement marqués à ce total attendu. Un abandon compte pour zéro point : partir troisième et tomber fait partie de ce que vaut la troisième place.
Ce qu’elle ne dit pas. La grille est lue sur les feuilles de temps officielles, absentes sur une partie des courses. Les deux totaux se comptent donc sur les mêmes départs, jamais sur la saison entière face à un attendu partiel.
MotoGP 2026
- Jorge Martin+57240 pts pour 183 attendus
- Ai Ogura+47191 pts pour 144 attendus
- Marco Bezzecchi+42223 pts pour 181 attendus
- Marc Marquez+33231 pts pour 198 attendus
- Enea Bastianini+2788 pts pour 61 attendus
Le duel de coéquipiers
Emprunté à la métrique reine de la Formule 1
Même moto, même piste, même jour : qui bat qui ?
Les courses où les deux coéquipiers sont classés, et rien d'autre. On en tire l'écart d'arrivée, l'écart de rythme en secondes par tour, et l'écart de grille. C'est la seule comparaison qui ne mélange pas le pilote et sa machine.
Ce qu’elle ne dit pas. Un abandon n'est pas un écart, c'est une absence : ces courses ne comptent pas, et le nombre retenu est publié. Un coéquipier très fort abîme le bilan d'un très bon pilote, c'est pourquoi son nom est toujours affiché à côté du chiffre.
MotoGP 2026
- Alex Marquez100 %12/12 face a Fermin Aldeguer
- Enea Bastianini100 %9/9 face a Maverick Viñales
- Pedro Acosta96 %22/23 face a Brad Binder
- Fabio Di Giannantonio95 %20/21 face a Franco Morbidelli
- Marc Marquez84 %16/19 face a Francesco Bagnaia
Au-dessus de la machine
Emprunté à l'idée du WAR au baseball
Qui fait le plus avec la moto qu'on lui a donnée ?
Pour chaque course, la position moyenne des pilotes classés de la même marque, puis l'écart du pilote à cette moyenne. Deux classés minimum, sinon on est sa propre moyenne.
Ce qu’elle ne dit pas. Deux pilotes d'une même marque n'ont pas toujours le même matériel : une usine et un client se distinguent. La marque est ce que la base sait ; l'écurie serait plus juste et donne trop peu de paires.
MotoGP 2026
- Pedro Acosta+5,126 courses
- Marc Marquez+3,524 courses
- Fabio Quartararo+2,328 courses
- Alex Marquez+2,018 courses
- Johann Zarco+1,815 courses
Le rythme réel
Emprunté à le « true pace » de la Formule 1
Qui était le plus rapide, indépendamment de l'arrivée ?
La médiane des tours propres de chaque pilote, puis son rang dans la course. Un tour propre exclut le premier tour, les tours annulés et tout tour dépassant une fois et demie la médiane du pilote, ce qui écarte les passages par les stands et les tours sous drapeau.
Ce qu’elle ne dit pas. Le rythme ne dit rien du trafic : un pilote coincé derrière un adversaire roule au rythme de l'autre. Il n'existe que pour les courses dont la feuille de temps a été rapatriée, depuis 2014.
MotoGP 2026
- Marco Bezzecchi3,724 courses
- Jorge Martin4,529 courses
- Marc Marquez4,626 courses
- Alex Marquez5,223 courses
- Ai Ogura5,427 courses
L'arrivée contre le rythme
Emprunté à l'écart au modèle, partout
Ce pilote finit-il à la hauteur de sa vitesse ?
Le rang d'arrivée moins le rang de rythme, moyenné sur la saison. Négatif, le pilote finit mieux que sa vitesse : c'est le sens de la course, les départs, la gestion. Positif, il finit moins bien : chutes, pénalités, mauvais choix de gomme.
Ce qu’elle ne dit pas. Les deux rangs se calculent parmi les seuls pilotes qui ont un rythme mesurable, sinon on comparerait vingt-deux partants à dix-huit feuilles de temps.
MotoGP 2026
- Augusto Fernandez−4,09 courses
- Franco Morbidelli−2,631 courses
- Pol Espargaro−2,58 courses
- Diogo Moreira−2,529 courses
- Toprak Razgatlioglu−2,031 courses
La cote
Emprunté à l'Elo des échecs
Quelle force, à travers les catégories et les saisons ?
Chaque course est traitée comme l'ensemble de ses duels : chaque pilote affronte tous les autres, et gagne ou perd des points selon la force de ceux qu'il bat. Tout le monde part de 1500, un sprint pèse moitié moins qu'une course, et un seul bassin réunit les trois catégories, ce qui permet à un pilote d'emporter sa cote en montant de Moto3 en MotoGP.
Ce qu’elle ne dit pas. Elle récompense la régularité de l'ordre d'arrivée, pas les points : le champion du monde n'est premier de la cote que six saisons sur douze, et ces écarts sont précisément ce qui nous intéresse. Elle suit aussi la moto, et les premières saisons de calibrage (2014-2016) sont moins fiables, tout le monde étant parti du même chiffre.
MotoGP 2026
- Marc Marquez189327 courses
- Jorge Martin184631 courses
- Marco Bezzecchi180328 courses
- Pedro Acosta179731 courses
- Fabio Di Giannantonio178731 courses
Les cinq mesures se recalculent entièrement à chaque mise à jour de la base, à partir des feuilles de temps officielles et des classements de la fédération. En cas de désaccord entre une feuille et un classement, le classement fait foi.