Bagnaia en trois mesures : ce que 2026 a changé
Trois victoires de garage sur seize face à Márquez, vingt-quatre points perdus sur sa grille, une cote retombée de 1884 à 1745. Le double champion du monde mesuré autrement.

Le classement du championnat dit que Francesco Bagnaia est loin. Il ne dit pas depuis quand, ni de combien, ni ce qui a bougé. Trois mesures construites sur nos feuilles de temps répondent aux trois questions, et elles ne racontent pas tout à fait la même histoire.
La première : le garage
Depuis 2016, nous comparons chaque pilote à son coéquipier sur les seules courses où les deux sont classés. Même moto, même piste, même jour.

Le parcours est net. En 2019, débutant chez Pramac, Bagnaia finit derrière Jack Miller de 5,6 places en moyenne, avec une seule victoire de garage sur onze courses. Puis il inverse : neuf sur treize en 2021, neuf sur douze en 2022, seize sur dix-neuf face à Enea Bastianini en 2023, vingt-quatre sur trente en 2024.
Cinq saisons de domination de son propre garage, dont deux couronnées par un titre mondial.
Arrive Marc Márquez. En 2025, Bagnaia finit devant lui trois fois sur vingt-neuf, à 4,4 places de moyenne. En 2026, trois fois sur seize, à 2,7 places. L'écart de rythme est de 0,344 seconde par tour.
Il faut garder la mesure de ce chiffre : 0,344 seconde par tour face à Márquez, c'est un écart deux fois moindre que celui qui sépare Di Giannantonio de Morbidelli cette saison, et quatre fois moindre que celui que Márquez infligeait à Lorenzo en 2019. Être battu par Márquez n'est pas être effacé par lui.
La deuxième : la grille
Nous avons mesuré ce que rapporte en moyenne chaque place de départ depuis 2014, et nous comparons les points marqués à ce total.
Bagnaia est à moins vingt-quatre points cette saison : 105 marqués quand ses grilles en promettaient 129, sur dix-sept départs. C'est un déficit modéré, sans rapport avec les moins 64 de Joan Mir ou les moins 48 de Franco Morbidelli, mais c'est surtout un retournement.
En 2023, il avait marqué 92 points de plus que sa grille ne promettait. En 2024, 105 de plus, son record. Un pilote qui transformait systématiquement ses samedis en dimanches supérieurs en laisse désormais un peu en route.
La troisième : la cote

La cote traite chaque course comme l'ensemble de ses duels et suit un pilote d'année en année, sans remise à zéro.
Bagnaia culmine à 1884 en 2025, la deuxième plus haute valeur jamais atteinte dans notre base depuis 2014, derrière les 1897 de Márquez. Il est aujourd'hui à 1745, après le Grand Prix d'Aragón.
Cent quarante points de cote perdus en seize mois, c'est considérable sur cette échelle, où quarante points séparent le premier du quatrième de la grille actuelle. Mais 1745 reste la septième cote du plateau, devant celles de dix-neuf pilotes en activité.
Ce que ces trois mesures disent ensemble
Elles ne disent pas la même chose, et c'est leur intérêt.
La cote dit qu'il reste un très bon pilote sur l'échelle absolue. Le déficit sur la grille dit qu'il perd désormais un peu de ce que son samedi promet, alors qu'il en gagnait beaucoup il y a deux ans. Le duel de garage dit qu'il est battu par son coéquipier, mais d'un écart qui n'est pas celui d'une domination écrasante.
Aucune ne dit pourquoi. Elles disent où regarder.
Les limites, comme toujours
Le duel de coéquipiers dépend entièrement de qui est en face : le même Bagnaia affichait des bilans très différents avec Miller, Bastianini et Márquez, sans que cela raconte forcément une évolution de son niveau. C'est pourquoi le nom du coéquipier accompagne toujours le chiffre.
La cote suit la moto autant que le pilote, et la Ducati de 2023 n'est pas celle de 2026. Elle récompense aussi la régularité de l'ordre d'arrivée plutôt que les points : le champion n'est premier de la cote que six saisons sur douze depuis 2014.
Enfin, la saison 2026 n'est pas finie, et le nombre de courses accompagne chaque mesure pour cette raison.
[source: https://www.motogp.com]
8 septembre 2026 · Sources : MotoGP.com · statistiques Plein Angle


