Le plus rapide ne gagne qu'une course sur deux
Sur 240 courses MotoGP dont nous avons la feuille de temps, le pilote au meilleur rythme l'a emporté 129 fois. Voici les cent onze autres, et ce qu'elles disent de ce sport.

Une course se gagne-t-elle à la vitesse ? La question paraît naïve. La réponse, mesurée, ne l'est pas : dans un peu moins d'une course sur deux, le vainqueur n'était pas le pilote le plus rapide ce jour-là.
Nous mesurons le rythme d'un pilote par la médiane de ses tours propres, c'est-à-dire en écartant le premier tour, les tours annulés et tout tour dépassant une fois et demie sa propre médiane, ce qui élimine les passages par les stands et les tours sous drapeau. Ce chiffre dit à quelle allure il a roulé, indépendamment de sa place à l'arrivée.
Sur les 240 courses MotoGP depuis 2014 dont la feuille de temps est en base, le pilote au meilleur rythme a gagné 129 fois. Cinquante-quatre pour cent.
Une répartition qui n'est pas régulière

Le phénomène n'est pas constant. De 2014 à 2019, sept à neuf courses par saison échappent au plus rapide. Puis vient une période de quatre ans, de 2020 à 2023, où le chiffre monte à onze ou douze par saison, sur des calendriers de taille comparable.
En 2020, le plus rapide n'a gagné que cinq courses sur seize. En 2023, huit sur vingt. Ces deux saisons sont respectivement celle du titre de Joan Mir avec une seule victoire, et la première année du format sprint.
Depuis 2024, le rapport revient à ce qu'il était, et s'améliore même : treize victoires du plus rapide sur vingt en 2024, quinze sur vingt-deux en 2025, huit sur quatorze en 2026 à ce jour.
Ce qui sépare le vainqueur du plus rapide

Dans la grande majorité de ces cent onze courses, l'écart est faible : le vainqueur avait le deuxième ou le troisième rythme, à un ou deux dixièmes du meilleur. C'est la course normale, où la position, la gestion du pneu et le trafic font la différence entre des pilotes proches.
Cinq courses sortent nettement du lot.
Le Grand Prix de France 2025 est le cas extrême. Fabio Quartararo possédait le meilleur rythme du plateau ; il n'a pas vu l'arrivée. Johann Zarco a gagné avec le troisième rythme, à plus de dix secondes par tour du meilleur. Ce chiffre ne dit pas que Zarco était lent : il dit qu'une piste changeante a fait rouler les pilotes à des allures sans commune mesure, et que le pilote resté debout a gagné.
Le Grand Prix de France 2021 est du même type, avec Joan Mir le plus rapide et Jack Miller vainqueur. Valence 2018, Misano 2015 et Assen 2016 complètent ce groupe.
Ces cinq courses ont un point commun : la pluie, ou une piste qui change. Le rythme y devient incomparable d'un pilote à l'autre, puisqu'ils n'ont pas roulé sur la même piste.
Ce que cela dit du sport
Retirer ces cinq cas ne change pas la conclusion générale. Un peu plus de cent courses sur 240 se sont jouées entre pilotes de vitesse comparable, et le plus rapide y a perdu pour des raisons qui ne sont pas la vitesse : le départ, une place perdue au premier tour, un dépassement impossible, un pneu géré différemment, une chute.
C'est une information sur la nature du MotoGP moderne. Sur une grille où deux dixièmes séparent dix pilotes, la vitesse pure cesse d'être décisive, et le résultat se joue ailleurs. Les quatre saisons 2020-2023 marquent le sommet de ce resserrement.
Les limites de la mesure
Le rythme ignore le trafic. Un pilote coincé derrière un adversaire roule au rythme de l'autre, et sa médiane le dira plus lent qu'il n'était. Cela joue en faveur des pilotes qui mènent, et donc contre la thèse de cet article : le vrai nombre de courses gagnées par un autre que le plus rapide est probablement un peu plus élevé.
Les courses à conditions changeantes gonflent les écarts au point de les rendre incomparables ; c'est pourquoi le nuage plafonne à deux secondes par tour et que ces cas sont nommés plutôt que noyés.
Enfin, seules les courses dont la feuille de temps officielle est en base sont comptées, soit 240 sur les 251 disputées depuis 2014.
[source: https://www.motogp.com]
8 septembre 2026 · Sources : MotoGP.com · statistiques Plein Angle


