Le pari de la gomme tendre ne paie presque jamais

Depuis 2023, près d'un départ sur quatre se fait en pneu arrière tendre, pour à peine plus d'une victoire sur sept. Et sur 78 courses, le vainqueur n'a contredit le choix majoritaire du plateau que cinq fois. Portrait de ces cinq exceptions, qui racontent autre chose que le coup de poker.

Tableau des gommes arrière : la médium fait 71 % des départs et 78 % des victoires.
Visuel Plein Angle

Chaque dimanche, la même scène : sur la grille, les mécaniciens retirent les couvertures chauffantes, et l'on découvre qui a pris quel pneu arrière. Les commentateurs saluent le courage de celui qui part en tendre quand le reste du plateau a choisi la médium. Le pari est-il récompensé ? Nous avons regardé, pour chaque course depuis 2023, la gomme arrière montée par chaque pilote au deuxième tour, et le pneu du vainqueur.

La médium gagne plus qu'elle ne part

Tableau des gommes arrière : la médium fait 71 % des départs et 78 % des victoires.
Gomme lue au deuxième tour de course. L'écart est en points de pourcentage. · Visuel Plein Angle

Sur 78 courses MotoGP disputées depuis 2023, la gomme arrière médium représente 70,8 % des départs et 78,2 % des victoires. La tendre, 23,4 % des départs et 15,4 % des victoires. La dure, rare, part dans 3,2 % des cas et gagne dans 2,6 %. Les pneus pluie médium font jeu égal, à 2,5 % et 2,6 %.

La médium gagne donc sept points de plus que sa part de départs, la tendre huit points de moins. Rapporté au nombre de départs, un pilote qui part en tendre gagne environ 40 % moins souvent qu'un pilote qui part en médium.

Une objection vient immédiatement : et si la tendre était surtout choisie par ceux qui partent de loin, et qui ne gagnent de toute façon pas ? Elle ne tient pas vraiment. Les partants en tendre s'élancent en moyenne de la case 11,9, ceux en médium de la case 11,3. Ils sont 11 % en première ligne, contre 15 % pour la médium. L'écart existe, il est trop faible pour expliquer à lui seul un tel déficit de victoires.

Cinq victoires à contre-courant

Sur les 78 courses, le vainqueur avait monté la même gomme arrière que la majorité du plateau 73 fois. Il l'a contredite 5 fois. Les voici.

  • Grand Prix des Amériques 2024. Maverick Viñales gagne en médium, une gomme choisie par 8 pilotes sur 22, quand la majorité est partie en tendre.
  • Grand Prix de Saint-Marin 2024. Marc Márquez gagne en médium, choisie par 9 pilotes sur 22, la majorité en tendre.
  • Grand Prix de la Solidarité, Barcelone 2024. Francesco Bagnaia gagne en tendre, choisie par 5 pilotes sur 23, quand la majorité a pris la dure.
  • Grand Prix de France 2025. Johann Zarco gagne en pneus pluie tendres, montés par 2 pilotes sur 21, quand la majorité est partie en slicks.
  • Grand Prix de Hongrie 2026. Marc Márquez gagne en médium, choisie par 7 pilotes sur 18, la majorité en tendre.

Ce que disent les exceptions

Elles ne racontent pas ce qu'on croit. Sur les cinq, trois sont des victoires en médium dans des courses où la majorité avait choisi la tendre. Le pari gagnant, trois fois sur cinq, a été de partir plus dur que les autres, pas plus tendre : renoncer à quelques tours de performance au départ pour avoir encore du pneu à la fin.

Une seule victoire, celle de Bagnaia à Barcelone en 2024, correspond au scénario célébré : partir plus tendre que le plateau et tenir jusqu'au bout. Encore s'agissait-il d'une course où la majorité avait choisi la dure, et non la médium.

La cinquième, celle de Zarco au Mans, est d'une autre nature : c'est un pari sur la météo, pas sur l'usure.

Marc Márquez apparaît deux fois, à Misano en 2024 et en Hongrie en 2026, les deux fois en médium contre une majorité en tendre. Il est aussi, dans notre mesure de l'usure, l'un des pilotes qui perdent le moins de temps au fil de la course depuis son arrivée dans l'équipe officielle Ducati : 12,0 millièmes de moins que le peloton à chaque tour en 2025. Les deux constats vont dans le même sens, sans qu'on puisse dire que l'un explique l'autre.

Les limites

La gomme est lue au deuxième tour de course : un changement de moto dans une course flag-to-flag, sur une piste qui sèche, n'est pas pris en compte. Soixante-dix-huit courses font un échantillon honnête pour les gommes courantes, mais pas pour la dure ni pour les pneus pluie, trop rares pour qu'on en dise quoi que ce soit. Enfin, le choix majoritaire n'est pas une recommandation : c'est ce qu'a fait la grille ce jour-là, et rien de plus.

[source: https://www.motogp.com]

24 septembre 2026 · Sources : MotoGP.com · statistiques Plein Angle

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