La chaleur n'explique rien, et nous l'avons cherchée partout
« La piste était trop chaude », « on n'a pas trouvé de grip au froid ». L'excuse revient chaque week-end. Sur cinq saisons de courses sèches et des pistes de 16 à 57 °C, aucune marque et aucun pilote ne change de place dans le peloton quand la température change.

Il suffit d'écouter les débriefings d'après-course pour entendre parler de température. La piste trop chaude qui fait glisser l'arrière, la piste trop froide qui empêche le pneu de monter en température, la moto qui « n'aime pas la chaleur ». Si ces explications disaient vrai, on devrait le voir dans les chronos : une moto qui souffre à 50 °C devrait perdre davantage sur le peloton ce jour-là qu'à 25 °C.
Nous avons cherché cet effet. Nous ne l'avons pas trouvé.
La méthode
Pour chaque course sèche depuis 2022, nous calculons le rythme de chaque pilote, la médiane de ses tours roulés à l'attaque, et son retard sur le rythme médian du peloton, en pourcentage du tour. Le retard est relatif : si la chaleur ralentit tout le monde, elle ne change rien au classement, et c'est bien le classement qui compte. Puis nous confrontons ce retard à la température de la piste relevée par la fédération pour la course, qui va de 16 à 57 °C sur la période.
Chaque marque reste à sa place

En regroupant les courses en trois tranches, piste froide sous 30 °C, tiède entre 30 et 45 °C, chaude au-delà, les cinq constructeurs dessinent des lignes presque plates.
- Ducati : −0,22 %, −0,22 %, −0,23 %. Rigoureusement la même avance, quelle que soit la température.
- Aprilia : −0,06 %, −0,03 %, +0,01 %.
- KTM : +0,11 %, +0,12 %, +0,08 %.
- Yamaha : +0,28 %, +0,30 %, +0,24 %.
- Honda : +0,28 %, +0,34 %, +0,34 %.
La mesure la plus précise est la pente : combien le retard d'une marque change pour dix degrés de piste en plus. Elle va de −0,031 % pour Yamaha à +0,014 % pour Aprilia. Sur un tour d'une centaine de secondes, c'est au plus trois centièmes pour dix degrés. Et aucune de ces pentes ne se distingue du bruit : chacune est plus petite que sa propre erreur type, ou à peine plus grande.
Pour situer : entre Ducati et Honda, l'écart moyen est de 0,55 % du tour, soit plus d'une demi-seconde. La température de la piste, sur toute l'amplitude observée, déplace les marques de quelques centièmes. Ce qui sépare les motos, ce n'est pas la météo.
La Yamaha, dont on dit souvent qu'elle souffre quand il fait chaud, est même légèrement meilleure sur piste chaude que sur piste tiède. Légèrement, et sans que ce soit significatif. Mais certainement pas plus mauvaise.
Pilote par pilote
Une marque peut cacher des pilotes qui réagissent en sens contraires, et qui s'annulent. Nous avons donc refait la mesure pour chacun des vingt-trois pilotes ayant pris au moins trente départs secs depuis 2022.

Les pentes les plus fortes sont celles d'Aleix Espargaró (+0,118 % pour dix degrés), de Maverick Viñales (+0,088 %) et de Brad Binder (+0,047 %), qui perdraient un peu plus sur le peloton quand il fait chaud. À l'inverse, Luca Marini (−0,066 %) et Alex Márquez (−0,054 %) seraient un peu meilleurs.
Le conditionnel est de rigueur. Aucune de ces pentes ne dépasse deux erreurs types, le seuil habituel en dessous duquel un effet ne se distingue pas du hasard. La plus forte, celle d'Espargaró, en est à 1,9. Sur vingt-trois pilotes, trouver par hasard une ou deux pentes de cet ordre est exactement ce qu'on attend. Fabio Quartararo et Francesco Bagnaia sont à −0,010 %, Marc Márquez à zéro.
Ce qu'il faut en retenir
La température de piste n'est sans doute pas sans effet sur les pneus, ni sur les temps au tour absolus, que nous ne mesurons pas ici. Ce que montre la mesure, c'est que cet effet, quel qu'il soit, frappe tout le monde à peu près également. Il ne reclasse ni les marques, ni les pilotes.
Quand un pilote explique un mauvais dimanche par la chaleur, il dit peut-être vrai pour ce dimanche-là. Sur cinq saisons, l'explication ne tient pas.
Les limites
La température est une valeur par course, pas son évolution d'un tour à l'autre. Les tranches de chaleur ne se répartissent pas également entre les circuits : on court plus souvent sur piste chaude dans certains pays, et un circuit peut favoriser une marque pour d'autres raisons que sa température. Enfin, seules les courses sèches sont retenues : la pluie est un autre sujet.
[source: https://www.motogp.com]
24 septembre 2026 · Sources : MotoGP.com · statistiques Plein Angle


