Ce que les neuf dernières pistes savent déjà des cinq prétendants

Neuf Grands Prix, 333 points, cinq pilotes à moins de 53 points. Nous avons lu 380 000 tours chronométrés, feuille par feuille, pour mesurer ce qu'un classement ne dit pas : qui tient ses pneus, qui gagne le dimanche ce qu'il a perdu le vendredi, et où chacun a toujours fait moins bien que lui-même.

MotoGP 2025 Malaysian Grand Prix - Trackhouse Racing - Ai Ogura
MotoGP 2025 Malaysian Grand Prix - Trackhouse Racing - Ai Ogura — Liauzh, CC BY-SA 4.0 (via commons.wikimedia.org)

Un classement dit qui mène. Il ne dit pas comment. Depuis 2014, la fédération publie après chaque course une feuille où figure le temps de chaque tour de chaque pilote, ses quatre secteurs, ses pneus, et l'ordre de la course à chaque passage sur la ligne. Nous en avons lu 795, courses et sprints, toutes catégories, soit 380 602 tours. Deux mesures en sortent que personne ne publie.

La première est l'usure. Pour chaque pilote et chaque course, on compare ses cinq derniers tours à ses tours 3 à 7 : c'est ce que lui coûte, en secondes au tour, la fin de vie de ses pneus. Le chiffre brut ne vaut rien d'une piste à l'autre. Son rang dans le peloton du jour vaut tout : même bitume, même température, même gomme pour vingt-deux pilotes. La seconde est l'écart d'un pilote à lui-même : sa place sur une piste, moins sa place moyenne de la même saison. Négatif, il y fait mieux que d'habitude.

Ces deux mesures, appliquées aux cinq hommes encore en course et aux neuf circuits qui restent, dessinent une fin de saison que le classement ne laisse pas voir.

Martin mène sans avoir été le plus rapide un seul vendredi

Jorge Martin a 256 points, une victoire en course, trois en sprint, deux poles. Et pas une seule fois cette saison il n'a signé le meilleur temps d'une séance du vendredi, ni le matin ni l'après-midi. Il se qualifie sixième en moyenne, finit le sprint à 3,6 et la course à 3,5. Le leader du championnat est un pilote qui remonte.

Il est aussi, des cinq, celui qui use le plus vite. Sur dix courses mesurables en 2026, son rang moyen de tenue est 11,9 : la moitié du peloton garde mieux ses pneus que lui. À Aragon, il a été le dernier des dix-neuf classés sur ce critère [source: https://resources.motogp.com/files/results/2026/ARA/MotoGP/RAC/Analysis.pdf] ; à Buriram, le dix-neuvième sur vingt-deux [source: https://resources.motogp.com/files/results/2026/THA/MotoGP/RAC/Analysis.pdf]. Sur pneu arrière medium, son composé sept courses sur dix, il perd 1,04 s au tour entre le début et la fin, la dérive la plus forte des cinq. Martin gagne ses points avant que la course ne s'use : sprint et course lui rendent la même place.

Deux pistes restantes lui ont toujours résisté. Lusail, où il court à trois places sous sa propre moyenne, avec trois abandons en douze départs et, en MotoGP, jamais mieux que troisième. Misano, deux places sous sa moyenne, trois abandons aussi. À l'inverse, Valence est sa meilleure piste du calendrier : six podiums en onze courses, presque trois places au-dessus de lui-même. Et l'automne lui va : depuis 2015, ses mois d'octobre et de novembre valent plus d'une place de mieux que le reste de ses saisons.

Marquez, l'homme des pistes qui brûlent

Marc Marquez a manqué deux Grands Prix et gagné quatre des onze courses qu'il a disputées. Ce que la feuille de temps ajoute : plus la piste chauffe, plus il tient. Au-dessus de 45 degrés au sol, son rang de tenue moyen est 8,5 sur trente et une courses, contre 9,7 sur les pistes froides. Sur pneu medium, il perd 0,15 s au tour entre le début et la fin de course, la valeur la plus basse des cinq sur ce composé, et de loin. Sur pneu tendre, 1,43 s : il le consomme.

Deux des neuf pistes restantes seront brûlantes. Mandalika d'abord, 55 à 57 degrés au sol au départ de ses trois éditions sèches, le bitume le plus chaud du calendrier. Et c'est là que la mesure se retourne : trois départs à Mandalika, trois abandons, dont celui de 2025 [source: https://resources.motogp.com/files/results/2025/INA/MotoGP/RAC/Analysis.pdf]. La seule piste du calendrier où il n'a jamais vu le drapeau à damier est celle qui devrait lui convenir. Sepang ensuite, 46 degrés en moyenne, où il finit deux places sous sa moyenne en neuf courses.

Le reste est un royaume. Motegi, huit podiums en dix courses, deuxième en 2025 en tenant mieux que le vainqueur [source: https://resources.motogp.com/files/results/2025/JPN/MotoGP/RAC/Analysis.pdf]. Misano, six victoires en douze, sans un abandon. Phillip Island, quatre victoires, mais trois abandons en neuf départs pour une qualification moyenne de 2,1 : tout ou rien.

Bezzecchi ne double personne, et Lusail l'attend

Marco Bezzecchi a gagné quatre courses en 2026, autant que Marquez, et aucun sprint. Quatre de ses abandons de la saison sont survenus le samedi. Quand il finit une course, il finit deuxième en moyenne. Et il ne double presque jamais : 0,3 dépassement par course sur dix courses, le chiffre le plus bas des cinq. Il part quatrième en moyenne, gagne une place au premier tour, puis garde son rang. Ses courses se décident au départ.

Le calendrier lui réserve la fin la plus rude. Lusail est, de toutes les pistes restantes pour tous les prétendants, la pire : onze courses, zéro podium, une arrivée moyenne à 14,7, soit plus de cinq places sous sa propre moyenne. Sa tenue de pneus y est classée 15,3 sur dix courses. Neuvième en 2025 [source: https://resources.motogp.com/files/results/2025/QAT/MotoGP/RAC/Analysis.pdf], sur une Aprilia qui gagnait ailleurs. Valence, la dernière manche, est sa deuxième pire : quatre places sous sa moyenne en neuf courses, tenue classée 16,4, même si sa victoire de 2025 rappelle que rien n'y est écrit [source: https://resources.motogp.com/files/results/2025/VAL/MotoGP/RAC/Analysis.pdf].

Il y a une saison dans ces chiffres. Depuis 2015, ses mois de novembre valent 2,7 places de moins que le reste de l'année, le pire écart des cinq. Et ses pistes froides, sous 30 degrés au sol, lui coûtent plus d'une place. Valence, 23 degrés en moyenne au départ, est la plus froide des neuf. Motegi, en revanche, est sa meilleure piste restante : près de quatre places au-dessus de lui-même en sept courses.

Ogura, le meilleur gestionnaire de pneus du plateau

C'est le fait le plus net de l'année. Sur dix courses mesurables, Ai Ogura a le rang de tenue moyen le plus bas des cinq, 5,0, et sa pente sur l'ensemble d'une course est nulle : ses tours ne s'allongent pas. Trois fois en 2026, il a été le pilote qui tenait le mieux ses pneus de tout le plateau, au Mans [source: https://resources.motogp.com/files/results/2026/FRA/MotoGP/RAC/Analysis.pdf], au Mugello [source: https://resources.motogp.com/files/results/2026/ITA/MotoGP/RAC/Analysis.pdf] et au Balaton [source: https://resources.motogp.com/files/results/2026/HUN/MotoGP/RAC/Analysis.pdf]. Aucun des quatre autres n'y est parvenu plus d'une fois : Marquez à Buriram, Di Giannantonio à Silverstone, Martin et Bezzecchi jamais.

Cela se voit dans le week-end. Il est neuvième en moyenne le vendredi matin, huitième en qualification, sixième au sprint, quatrième le dimanche : près de six places gagnées entre FP1 et la course, la plus forte remontée des cinq cette saison. En course, il réussit 3,2 dépassements par épreuve et n'en subit que 2,0. Et sur piste brûlante, son rang de tenue descend à 7,8 : plus il fait chaud, mieux il tient.

Deux réserves. Phillip Island est sa pire piste, cinq courses, aucun podium, une arrivée moyenne à 11,4, treizième en 2025 [source: https://resources.motogp.com/files/results/2025/AUS/MotoGP/RAC/Analysis.pdf]. Et depuis 2018, ses mois d'octobre valent 2,5 places de moins que le reste de ses saisons. Sepang, où il court trois places et demie au-dessus de lui-même, ne compte que trois départs : trop peu pour en faire une règle. À 53 points, il lui faudrait tout.

Di Giannantonio perd trois places à chaque départ

Fabio Di Giannantonio est le seul des cinq dont le dimanche est moins bon que le vendredi : quatrième en moyenne en FP1, presque cinquième en course. La raison tient en un tour. Sur treize départs en 2026, il perd en moyenne trois places entre la grille et la fin du premier tour, puis en regagne deux sur le reste de la course. Il subit un dépassement par course, il en réussit deux et demi : il court derrière son propre départ.

Spielberg, dès la deuxième manche restante, est sa pire piste : onze courses, aucun podium, une qualification moyenne à 16,0, presque quatre places sous sa moyenne. Valence est sa meilleure, plus de trois places au-dessus, et ses mois de novembre valent plus de deux places de mieux que le reste de ses saisons, le meilleur écart des cinq.

Le calendrier a une température

Mises bout à bout, les neuf pistes restantes racontent une descente. Mandalika et Sepang d'abord, autour de 50 degrés au sol : les pistes de Marquez et d'Ogura, si Marquez y voit enfin l'arrivée. Puis Spielberg, Misano, Phillip Island, Portimão et Motegi, entre 29 et 37 degrés. Puis Lusail de nuit, 24 degrés, et Valence, 23, où Martin et Di Giannantonio ont toujours fait mieux qu'eux-mêmes, et Bezzecchi toujours moins bien.

Ces chiffres ne disent pas qui sera champion. Ils disent où chacun a déjà été fragile, avec quelle gomme, à quelle température, à quel moment de la course. Le reste est ce qui n'est pas encore écrit, et c'est pour cela qu'on regarde.

7 septembre 2026 · Sources : resources.motogp.com · statistiques Plein Angle

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